HISTOIRE

  • L’Ordre du Temple

L’ordre du Temple était un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge, dont les membres étaient appelés les Templiers.

Cet ordre fut créé à l’occasion du concile de Troyes, ouvert le 13 janvier 1129 à partir d’une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Il œuvra pendant les XIIe et XIIIe siècles à l’accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de la Reconquête. Afin de mener à bien ses missions et notamment d’en assurer le financement, il constitua à travers l’Europe chrétienne d’Occident et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies. Cette activité soutenue fit de l’ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l’époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux.

Après la perte définitive de la Terre Sainte consécutive au siège de Saint-Jean-d’Acre de 1291, l’ordre fut victime de la lutte entre la papauté et le roi de France, Philippe le Bel. Il fut dissous par le pape Clément V le 13 mars 1312 à la suite d’un procès en hérésie. La fin tragique de l’ordre mena à nombre de spéculations et de légendes sur son compte.

  • Les Templiers et l’argent : le financement

Les Templiers devaient exercer une activité économique, commerciale et financière pour payer les frais inhérents au fonctionnement de l’ordre et les dépenses de leurs activités militaires en Orient. Cependant, il ne faut pas confondre cette activité avec celle de la banque. L’usure, c’est-à-dire une tractation comportant le paiement d’un intérêt, était interdite par l’Église aux chrétiens et de surcroît aux religieux.Comme le dit l’Ancien Testament :

« Tu n’exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour l’argent, ni pour vivres, ni pour aucune chose qui se prête à intérêt. »

Les Templiers prêtaient de l’argent à toutes sortes de personnes ou institutions : pèlerins, croisés, marchands, congrégations monastiques, clergé, rois et princes… Le montant du remboursement était parfois supérieur à la somme initiale lorsqu’il pouvait être camouflé par un acte de changement de monnaie. C’était une façon courante de contourner l’interdit.

Lors de la croisade de Louis VII, le roi de France en arrivant à Antioche demanda une aide financière aux Templiers. Le maître de l’ordre, Évrard des Barrès, fit le nécessaire. Le roi de France écrivait à son intendant en parlant des Templiers, « nous ne pouvons pas nous imaginer comment nous aurions pu subsister dans ces pays [Orient] sans leur aide et leur assistance.(…) Nous vous notifions qu’ils nous prêtèrent et empruntèrent en leur nom une somme considérable. Cette somme leur doit être rendue (…). » La somme en question représentait deux mille marcs d’argent.

  • La lettre de change

L’activité financière de l’ordre prévoyait que les particuliers pussent déposer leurs biens lors d’un départ en pèlerinage vers Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle ou Rome. Les Templiers inventèrent ainsi le bon de dépôt. Lorsqu’un pèlerin confiait aux Templiers la somme nécessaire à son pèlerinage, le frère trésorier lui remettait une lettre sur laquelle était inscrite la somme déposée. Cette lettre manuscrite et authentifiée prit le nom de lettre de change. Le pèlerin pouvait ainsi voyager sans argent sur lui et se trouvait plus en sécurité. Arrivé à destination, il récupérait auprès d’autres Templiers l’intégralité de son argent en monnaie locale. Les Templiers ont mis au point et institutionnalisé le service du change des monnaies pour les pèlerins.

  • Le trésor de l’ordre

Il s’agissait d’un coffre fermé à clé dans lequel étaient gardés de l’argent, des bijoux, mais aussi des archives. Ce coffre-fort était appelé huche. Le maître de l’ordre à Jérusalem en effectuait la comptabilité avant que celle-ci ne fût transférée à la fin du XIIIe siècle au trésorier de l’ordre. Trois articles des retraits de la règle nous renseignent sur le fonctionnement financier de l’ordre. Le maître pouvait autoriser le prêt d’argent (sans intérêt) avec ou sans l’accord de ses conseillers selon l’importance de la somme. Les revenus provenant des commanderies d’Occident étaient remis au trésor du siège de l’ordre à Jérusalem.

Tous les dons en argent de plus de cent besants étaient concentrés dans le trésor de l’ordre. Les commanderies de Paris ou de Londres servaient de centres de dépôts pour la France et l’Angleterre. Chaque commanderie pouvait fonctionner grâce à une trésorerie conservée dans un coffre. Au moment de l’arrestation des Templiers en 1307, il a été retrouvé un seul coffre important, celui du visiteur de France, Hugues de Pairaud. L’argent qu’il contenait a été confisqué par le roi et a immédiatement rejoint les caisses royales.

  • La garde du trésor royal

Elle a débuté en 1146 lorsque Louis VII, en partance pour la deuxième croisade, avait décidé de laisser le trésor royal sous la garde du Temple de Paris. Par la suite, cela se développa, si bien que nombre de souverains firent confiance aux trésoriers de l’ordre. Cette pratique, qui ne mêlait en rien les activités financières du Temple et celles de la Couronne, prit fin durant le règne de Philippe IV Le Bel.Une autre grande personnalité, Henri II d’Angleterre, avait laissé la garde du trésor au Temple. Par ailleurs, de nombreux Templiers de la maison d’Angleterre étaient également des conseillers royaux.

  • Le patrimoine des Templiers

L’ordre du Temple possédait principalement deux types de patrimoines bâtis : des monastères appelés commanderies situés en Occident et des forteresses situées au Proche-Orient et dans la péninsule ibérique.

  • La maison du Temple de Jérusalem

La maison du Temple à Jérusalem fut le siège central de l’ordre depuis sa fondation en 1129 jusqu’en 1187, date de la chute de la ville sainte reprise par Saladin. Le siège central fut alors transféré à Acre, ville portuaire du royaume de Jérusalem. À la perte de la ville par les chrétiens en 1291, le siège de l’ordre fut à nouveau transféré dans la terre chrétienne la plus proche, l’île de Chypre. C’est à Chypre que vivait Jacques de Molay, le dernier maître de l’ordre avant son retour en France pour y être arrêté. Le siège de l’ordre n’a jamais été installé en Occident.

  • Forteresses templières en Orient

Pour pallier la faiblesse de leurs effectifs, les croisés entreprirent la construction de forteresses dans les États latins d’Orient. Les Templiers ont participé à cet élan en faisant édifier pour leur besoin de nouveaux châteaux forts. Ils entreprirent également de reconstruire ceux qui avaient été détruits par Saladin vers 1187 et acceptèrent d’occuper ceux que les seigneurs d’Orient (ou d’Espagne) leur donnaient faute de pouvoir les entretenir. Certains d’entre eux permettaient de sécuriser les routes fréquentées par les pèlerins chrétiens autour de Jérusalem. Servant d’établissement à la fois militaire, économique et politique de l’ordre, la place forte représentait pour les populations musulmanes un centre de domination chrétienne. Les Templiers occupèrent un nombre plus important de places fortes dans la péninsule ibérique afin de participer à la Reconquista.

Au XIIe siècle, après la chute de la ville de Jérusalem devant les forces de Saladin en 1187, les Templiers parvinrent à résister quelques mois dans certaines de leurs places fortes mais, peu à peu, en perdirent la plus grande partie.

Il fallut attendre l’issue de la troisième croisade, menée par les rois de France, d’Angleterre et l’empereur d’Allemagne, pour que les Templiers reconstituassent leur dispositif militaire en Terre Sainte.

Au XIIIe siècle, dans le royaume de Jérusalem, les Templiers possédaient quatre forteresses : le château Pèlerin construit en 1217-1218, la forteresse de Safed reconstruite en 1240-1243, le château de Sidon et la forteresse de Beaufort tous deux cédés par Julien, seigneur de Sidon en 1260.

Dans le comté de Tripoli, ils disposaient du château de Tortose reconstruit en 1212, d’Arima et du Chastel Blanc.

Au nord, dans la principauté d’Antioche, les places fortes templières étaient Baghras (Gaston) récupérée en 1216, ainsi que Roche de Roissel et Roche-Guillaume qu’ils détenaient toujours, Saladin ayant renoncé à les conquérir en 1188.

  • Les forteresses ibériques

Dès 1128, l’ordre reçoit une première donation au Portugal, des mains de la comtesse régnante du Portugal, Thérèse de León, veuve d’Henri de Bourgogne : le château de Soure et ses dépendances. En 1130, l’ordre a reçu 19 propriétés foncières. Vers 1160, Gualdim Pais achève le château de Tomar, qui devient le siège du Temple au Portugal.

  • Le château d’Almourol au Portugal

En 1143, Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, demanda aux Templiers de défendre l’Église d’Occident en Espagne, de combattre les Maures et d’exalter la foi chrétienne. Les Templiers acceptèrent non sans réticence, mais se limitèrent à défendre et pacifier les frontières chrétiennes et à coloniser l’Espagne et le Portugal. Une nouvelle population chrétienne venait en effet de s’installer autour des châteaux donnés aux Templiers, la région étant pacifiée. La Reconquista fut une guerre royale. De ce fait, les ordres de chevalerie y étaient moins autonomes qu’en Orient. Ils devaient fournir à l’armée royale un nombre variable de combattants, proportionnel à l’ampleur de l’opération militaire en cours

Ainsi, les Templiers espagnols ont participé à la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, à la prise de Valencia en 1238, de Tarifa en 1292, à la conquête de l’Andalousie et du royaume de Grenade. Au Portugal, les Templiers ont pris part à la prise de Santarém (1146) et à celle d’Alcácer do Sal (1217).

L’action de l’ordre du Temple dans la péninsule ibérique fut donc secondaire, car l’ordre tenait à privilégier ses activités en Terre Sainte. Cependant, il possédait bien plus de places fortes dans la péninsule ibérique qu’en Orient. En effet, on dénombre au moins soixante-douze sites rien que pour l’Espagne et au moins six pour le Portugal (on compte seulement une vingtaine de places fortes en Orient). C’est également dans cette zone que l’on trouve les édifices qui ont le mieux résisté au temps (ou qui ont bénéficié de restaurations), comme les châteaux d’Almourol, Miravet, Tomar et Peñíscola.

  • Les forteresses dans l’Europe de l’Est

 

  • Chapelle templière à Chwarszczany (Quartschen), Pologne

  • Chapelle templière à Rurka (Rörchen), Pologne

À la différence de l’Orient et de la péninsule ibérique où les Templiers faisaient face aux musulmans, l’Europe de l’Est, où les ordres religieux-militaires étaient également implantés, les a confrontés au paganisme. En effet, les territoires de la Pologne, de la Bohême, de la Moravie, de la Hongrie, mais aussi de la Lituanie et de la Livonie formaient un couloir de paganisme, constitué de terres sauvages en grande partie non encore défrichées, pris en tenailles entre l’Occident catholique et la Russie orthodoxe. Borusses (Prussiens), Lituaniens, Lives ou Coumans, encore païens, y résistaient à l’avancée – lente mais inexorable – du christianisme depuis plusieurs siècles. La christianisation catholique, qui nous intéresse ici, se faisait à l’initiative de la papauté mais avec le soutien des princes germaniques convertis (qui y voyaient l’occasion d’agrandir leurs possessions terrestres en même temps que de renforcer les chances de salut pour leur âme) et avec l’appui des évêques, notamment celui de Riga, qui tenaient en quelque sorte des places fortes en territoire païen.

Après la disparition en 1238 de l’ordre de Dobrin (officiellement reconnu par le pape Grégoire IX sous le nom « Chevaliers du Christ de Prusse »), qui avait procédé aux premières conversions, les Templiers se virent invités formellement à prendre pied en Europe orientale. À cet effet, furent octroyés à l’ordre trois villages le long de la rivière Bug ainsi que la forteresse de Łuków (qu’ils se virent confier en 1257, en même temps que la mission de défendre la présence chrétienne dans cette région). Tout au long du XIIIe siècle, la présence des Templiers en Europe orientale est allée en augmentant et on compta jusqu’à quatorze établissements et deux forteresses templières.

Cependant, les Templiers (tout comme les Hospitaliers, qui furent également présents en Europe orientale) cédèrent rapidement la place à l’ordre Teutonique dans la lutte contre le paganisme dominant ces régions reculées. Les deux ordres hésitaient à ouvrir un troisième front venant s’ajouter à ceux de la Terre Sainte et de la péninsule ibérique, alors que l’idée première de cette installation aux frontières du christianisme était surtout de diversifier les sources de revenus afin de financer la poursuite des activités principales de l’ordre en Terre Sainte.

Autre région d’Europe orientale, mais plus méridionale, la Hongrie dut faire face tout comme la Pologne aux invasions dévastatrices des Mongols aux alentours de 1240. Présents là aussi, les Templiers envoyaient des informations aux rois occidentaux sans pour autant arriver à les alerter suffisamment pour qu’une réaction volontaire et efficace fût déclenchée.

  • Les commanderies

La commanderie de Coulommiers en ancienne Champagne

Une commanderie était un monastère dans lequel vivaient les frères de l’ordre en Occident. Elle servait de base arrière afin de financer les activités de l’ordre en Orient et d’assurer le recrutement et la formation militaire et spirituelle des frères de l’ordre. Elle s’est constituée à partir de donations foncières et immobilières. Le terme préceptorie, est à tort employé: « …Il est donc absurde de parler de « préceptorie » alors que le mot français correct est « commanderie »; et il est de plus ridicule de distinguer deux structures différentes, préceptorie et commanderie…

La plupart des biens possédés par l’ordre du Temple provenaient de dons ou de legs. Dans les premières années de sa création, les dons fonciers ont permis à l’ordre de s’établir partout en Europe. Puis, il y a eu trois grandes vagues de donations de 1130 à 1140, de 1180 à 1190 et de 1210 à 1220. Tout d’abord, on peut noter que tous les hommes qui entraient dans l’ordre pouvaient faire le don d’une partie de leurs biens au Temple. Ensuite, les dons pouvaient provenir de toutes les catégories sociales, du roi au laïc. Par exemple, le roi Henri II d’Angleterre céda au Temple la maison forte de Sainte-Vaubourg et son droit de passage sur la Seine au Val-de-la-Haye, en Normandie. Un autre exemple que l’on peut citer est le don fait en 1255 par le chanoine Étienne Collomb de la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre d’un cens perçu dans le bourg de Saint-Amâtre.

Même si les dons étaient en majorité composés de biens fonciers ou de revenus portant sur des terres, les dons de rentes ou revenus commerciaux n’étaient pas négligeables. Par exemple, Louis VII céda en 1143-1144 une rente de vingt-sept livres établies sur les étals des changeurs à Paris.

  • Les dons pouvaient être de trois natures différentes

  •     Donation pro anima : il pouvait s’agir d’une donation importante (qui était souvent à l’origine de la création d’une commanderie) ou alors d’un don foncier mineur ne portant que sur quelques parcelles. La motivation du donateur était d’invoquer le salut de son âme ou la rémission de ses pêchés.

  •     Donation in extremis : ce type de donation était réalisé en majeure partie par des pèlerins agissant par précaution. Ils effectuaient ce don avant de partir en Terre Sainte. Peu nombreuses, ces donations ont été vite remplacées par le legs testamentaire.

  •     Donation rémunérée : le donateur agissait dans le but de percevoir un contre-don. Il ne s’agissait pas exactement d’une vente mais plutôt d’un don rémunéré, assurant le donateur d’un avoir lui permettant de recevoir de quoi vivre. Le bénéficiaire (à cette occasion l’ordre du Temple) était également gagnant dans ce type de don, le contre-don étant d’une valeur inférieure. Le but de ce type de donation était de faciliter le processus de don, sachant que la cession de tout ou partie d’un bien foncier pouvait sérieusement entamer le revenu du donateur ou celui de ses héritiers. Il n’était pas rare d’ailleurs que certains conflits entre l’ordre et des héritiers survinssent en de pareils cas, le litige se réglant parfois par le biais de la justice.

Après la réception de ces dons, il restait à l’ordre du Temple d’organiser et de rassembler le tout en un ensemble cohérent. Pour ce faire, les Templiers ont procédé à nombre d’échanges ou de ventes afin de structurer leurs commanderies et de rassembler les terres pour optimiser le revenu qui pouvait en être tiré. On peut prendre le processus de remembrement comme parallèle, tout au moins à propos du regroupement des terres autour ou dépendant d’une commanderie.

Par essence, on peut citer tous les pays de l’Occident chrétien du Moyen Âge comme terres d’établissement de l’ordre du Temple. Ainsi, il y eut des commanderies templières dans les pays actuels suivants : France, Angleterre, Espagne, Portugal, Écosse, Irlande, Pologne, Hongrie, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas. De même, il existait des commanderies en Orient.

Selon Georges Bordonove, on peut estimer le nombre de commanderies templières en France à 700. La qualité de ces vestiges est très diverse aujourd’hui. Très peu ont pu garder intégralement leurs bâtiments. Certaines commanderies ont été totalement détruites et n’existent plus qu’à l’état archéologique, ce qui est le cas par exemple de la commanderie de Payns dans le fief du fondateur de l’ordre. En France, trois commanderies ouvertes au public présentent un ensemble complet : pour le nord, la commanderie de Coulommiers, en région centre se trouve la commanderie d’Arville et au sud la commanderie de La Couvertoirade.Seuls les documents d’archives et en particulier les cartulaires de l’ordre du Temple permettent d’attester de l’origine templière d’un bâtiment.

  •   Les principales batailles

Dans l’action militaire, les Templiers étaient des soldats d’élite. Ils ont fait preuve de courage et se sont révélés être de fins stratèges. Ils étaient présents sur tous les champs de batailles où se trouvait l’armée franque et ont intégré les armées royales dès 1129.

Second siège d’Ascalon (16 août 1153)
Bataille d’Ascalon, imaginée par Gustave Doré (gravure de C.W. Sharpe, 1881)
Bataille de Montgisard, imaginée par Charles-Philippe Larivière (tableau du XIXe siècle)

Le siège de Damas ayant été une grosse défaite pour le roi de Jérusalem, Baudouin III, celui-ci décida de lancer une attaque sur Ascalon

Le maître de l’ordre, Bernard de Tramelay, appuya l’avis du roi et l’attaque fut lancée le 16 août 1153. Ce fut une hécatombe pour les Templiers qui pénétrèrent au nombre de quarante dans la cité derrière leur Maître. En effet, ils furent tous tués par les défenseurs égyptiens de la cité et leurs corps suspendus aux remparts.

Cet épisode a soulevé de nombreuses polémiques car certains prétendirent que les Templiers voulaient entrer seuls dans la cité afin de s’approprier tous les biens et trésors alors que d’autres pensaient qu’ils voulaient, au contraire, marquer l’ordre d’un fait d’armes.

Toutefois, la ville d’Ascalon tomba le 22 août 1153 et l’ordre du Temple élut un nouveau maître : André de Montbard. Il accepta cette nomination pour contrer l’élection d’un autre chevalier du Temple, Guillaume II de Chanaleilles, fils de Guillaume Ier (l’un des héros de la Première croisade aux côtés du comte de Toulouse Raymond IV, dit Raymond de Saint-Gilles), favori du roi de France Louis VII et qui aurait permis au roi de contrôler l’ordre.

  • Bataille de Montgisard (25 novembre 1177)

Cette bataille, menée le 25 novembre 1177, fut l’une des premières du jeune roi de Jérusalem Baudouin IV, alors âgé de seize ans. Les troupes du roi avaient été renforcées par quatre-vingts Templiers venus de Gaza à marche forcée.
Cette alliance de forces eut raison de l’armée de Saladin à Montgisard, près de Ramla.

  • Bataille de Hattin (4 juillet 1187)

Après la mort du roi Baudouin V, Guy de Lusignan devint roi de Jérusalem par le biais de sa femme Sybille, sœur du roi Baudouin IV.
Sur les conseils du Temple (alors commandé par Gérard de Ridefort) et de l’Hôpital, Guy de Lusignan apprêta l’armée. Comme le temps était particulièrement aride et que l’unique point d’eau se situait à Hattin, près de Tibériade, le roi fit prendre cette direction à ses troupes.

Le 4 juillet 1187, Saladin encercla les Francs. Presque toute l’armée fut faite prisonnière (environ quinze mille hommes), ainsi que le roi lui-même. Saladin ayant une aversion particulière pour les Templiers, ceux-ci furent tous exécutés par décapitation (ainsi que tous les Hospitaliers). Un seul Templier fut épargné, le maître en personne : Gérard de Ridefort.

  • Bataille d’Arsouf (7 septembre 1191)

Bataille d’Arsouf, imaginée par Eloi Firmin Féron (tableau du XIXe siècle)
Après la chute de Jérusalem, une troisième croisade fut lancée à partir de l’Europe. Richard Cœur de Lion se retrouva seul après le retrait de la majorité des troupes allemandes de Frédéric Barberousse (après la noyade de ce dernier dans un fleuve) et le retour de Philippe Auguste en France. Richard fit marcher son armée le long de la mer, ce qui lui permit de rester en communication avec sa flotte et, ainsi, d’assurer continuellement l’approvisionnement de ses troupes. Formée d’une immense colonne, l’armée de Richard avait pour avant-garde le corps des Templiers mené par le maître de l’Ordre du Temple, Robert de Sablé, venaient ensuite les Bretons et les Angevins, Guy de Lusignan avec ses compatriotes Poitevins, puis les Normands et les Anglais et enfin en arrière-garde les Hospitalier.
Dans les premiers temps de la bataille, Richard subit l’initiative de Saladin mais reprit la situation en main pour finalement mettre l’armée de Saladin en déroute par deux charges successives de la chevalerie franque et ce malgré le déclenchement prématuré de la première charge.

  • Bataille de Damiette (1249)

Estimant que l’Égypte lui fournira une tête de pont pour reprendre Jérusalem, Louis IX aborde non loin de Damiette le 5 juin 1249. La ville n’offre que peu de résistance et est prise le lendemain. Les Égyptiens se retirent plus haut sur le Nil. Avec le bois des 24 trébuchets, les Croisés construisent une palissade pour construire leur camp. Ils n’ont cependant pas pris en compte la crue du Nil qui les oblige en rester à Damiette pendant 6 mois. Pour Louis, il n’est plus question d’échanger Damiette contre Jésuralem, comme il était prévu au départ de la cinquième croisade, mais d’utiliser Damiette comme une base arrière pour diriger les opérations militaires contre les musulmans de Syrie. Un archevêque placé sous l’autorité du patriarche latin de Jérusalem y est installé.

 

  • Bataille de Mansourah (8 février 1250)

Le comte Robert Ier d’Artois, désobéissant aux ordres de son frère le roi Louis IX, voulut attaquer les troupes égyptiennes malgré les protestations des Templiers qui lui recommandaient d’attendre le gros de l’armée royale. L’avant-garde franque pénétra dans la cité de Mansourah, s’éparpillant dans les rues. Profitant de cet avantage, les forces musulmanes lancèrent une contre-attaque et harcelèrent les Francs. Ce fut une véritable hécatombe. De tous les Templiers, 295 périrent. Seuls quatre ou cinq en réchappèrent. Robert d’Artois lui-même, instigateur de cette attaque sans ordre, y perdit la vie.

Saint Louis reprit l’avantage le soir même en anéantissant les troupes qui venaient d’exterminer son avant-garde. Cependant, les Templiers avaient perdu entre-temps presque tous leurs hommes. Cette bataille finira par une lourde défaite et la capture de Louis IX, libéré contre une rançon. La nouvelle de cette défaite fut désastreuse car personne n’imaginait la défaite d’un roi si religieux.

  • La chute de l’ordre

Portrait de Philippe IV le Bel
La chute de l’ordre du Temple fait également l’objet d’une polémique. Elle serait le fait du roi de France Philippe IV le Bel qui aurait agi dans le but unique de s’approprier le trésor des Templiers. Cependant, les raisons pour lesquelles l’ordre a été éliminé sont beaucoup plus complexes et celles exposées ci-dessous n’en représentent probablement qu’une partie.

  • Les raisons

L’une des premières raisons fut la perte de la ville de Saint-Jean-d’Acre, qui entraîna celle de la Terre Sainte.
En effet, le 28 mai 1291, les croisés perdirent Acre à l’issue d’un siège sanglant. Les chrétiens furent alors obligés de quitter la Terre Sainte et les ordres religieux tels que les Templiers ainsi que les Hospitaliers n’échappèrent pas à cet exode. La maîtrise de l’ordre fut déplacée à Chypre. Or, une fois expulsé de Terre sainte, avec la quasi-impossibilité de la reconquérir, la question de l’utilité de l’ordre du Temple s’est posée car il avait été créé à l’origine pour défendre les pèlerins allant à Jérusalem sur le tombeau du Christ. Ayant perdu la Terre Sainte et donc la raison même de leur existence, une partie de l’ordre se pervertit. Le peuple percevait d’ailleurs depuis plusieurs décennies les chevaliers comme des seigneurs cupides menant une vie désordonnée (les expressions populaires « boire comme un templier » ou « jurer comme un templier » sont révélatrices à cet égard) : dès 1274 au deuxième concile de Lyon, ils durent produire un mémoire pour justifier leur existence.

Une querelle opposait également le roi de France Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII, ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle pontificale en 1302 : Unam Sanctam. La réponse du roi de France arriva sous la forme d’une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel excommunia en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super Patri Solio67. Boniface VIII mourut le 11 octobre 1303, peu après l’attentat d’Anagni. Son successeur, Benoît XI, eut un pontificat très bref puisqu’il mourut à son tour le 7 juillet 1304. Clément V fut élu pour lui succéder le 5 juin 1305.

Or, à la suite de la chute d’Acre, les Templiers se retirèrent à Chypre puis revinrent en Occident occuper leurs commanderies. Les Templiers possédaient d’immenses richesses, augmentées par les biens issus du travail de leurs commanderies (bétail, agriculture…). Cependant ils possédaient également une puissance militaire équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers entraînés au combat, force entièrement dévouée au pape. Par conséquent, une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le pouvoir en place. Il est à ajouter que les légistes royaux, formés au droit romain, cherchaient à exalter la puissance de la souveraineté royale. Or, la présence du Temple en tant que juridiction pontificale limitait grandement le pouvoir du roi sur son propre territoire.

  • Portrait de Clément V

L’attentat d’Anagni est un des reflets de cette lutte des légistes pour assurer un pouvoir aussi peu limité que possible au roi. La position des légistes, notamment Guillaume de Nogaret, en tant que conseillers du roi, a sûrement eu une influence sur Philippe le Bel.

Enfin, certains historiens prêtent une part de responsabilité dans la perte de l’ordre à Jacques de Molay, maître du Temple élu en 1293 à Chypre après la perte de Saint-Jean-d’Acre. En effet, suite à la perte d’Acre, un projet de croisade germa de nouveau dans l’esprit de certains rois chrétiens mais aussi et surtout dans celui du pape Clément V. Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus puissants de Terre Sainte et le fit savoir dans une lettre qu’il envoya à Jacques de Molay en 1306. Le maître y répondit par une autre lettre dans laquelle il s’opposait à cette idée, sans pour autant être catégorique. Cependant, les arguments qu’il avança pour étayer ses propres vues étaient bien minces…

Aujourd’hui, l’implication du pape dans l’arrestation des Templiers pourrait être objet de polémique. Certains historiens parlent de trois rencontres entre Philippe le Bel et Clément V, étalées de 1306 à 1308, au cours desquelles fut discuté le sort des Templiers. Toutefois, ces historiens se fondent sur la seule source contemporaine. En effet, un chroniqueur italien du nom de Giovanni Villani est le seul à indiquer une rencontre en 1305, entre le roi et le pape, soi-disant pour aborder la question de la suppression de l’ordre. Il est à noter que d’autres historiens estiment qu’il n’est pas sérieux de se fier uniquement à Villani, car les Italiens de l’époque avaient un fort ressentiment contre Clément V, pape français. Les mêmes historiens attestent d’une rencontre entre le roi de France et le pape au mois de mai 1307, quelques mois donc avant l’arrestation. Les légistes royaux invoqueront, un an après, cette rencontre en affirmant que le pape avait alors donné son autorisation au roi pour procéder à cette arrestation.

Par la bulle Faciens misericordiam, Clément V nomme en 1308 des commissions pontificales chargées d’enquêter sur l’ordre, en marge de la procédure séculière engagée par le roi de France, Philippe IV le Bel.

  • L’arrestation des Templiers